Maxicat
Moi, c'est Maxicat. Je suis artiste plasticien, graphiste et sérigraphe surtout. Je fais ça depuis 2016, mais à mon compte, vraiment professionnellement, c'est depuis 2021. Je fais principalement de la sérigraphie, des affiches. Je travaille aussi beaucoup depuis quelques années sur les packagings et les faux objets. Je fais du détournement de packaging et je crée des objets qui n'existent pas et qui sont un peu stupides.
Romane
J'ai vu un truc sur Faux Papiers.
Capture d’écran provenant du compte instagram de Maxicat
Maxicat
Ouais, c'est un projet encore un peu à part, mais c'est lié. Faux Papiers, c'est un truc hybride entre performance, spectacle vivant et atelier interactif avec les gens. Je recrée une espèce de bureau de préfecture ou de service état civil de mairie un peu nul des années 80-90. [...] À la base, je viens surtout du milieu musical. J'ai commencé à faire des posters pour le milieu punk, des concerts punk ou métal.
Romane
Des fois, tu utilises des thèmes qui ne se prêtent pas à rire, mais peut-être qui dénoncent ou quelque chose comme ça ?
Maxicat
Dénoncer, c'est un grand mot. Je me sens pas extrêmement militant. Forcément, c'est très politique ce que je fais, mais pas dans le sens où je suis très militant. Mon travail, ça parle surtout de moi, de mon état d'esprit. C'est surtout un moyen de m'exprimer. Je travaille aussi beaucoup sur la malbouffe, sur la société de consommation.
Romane
Qu'est-ce qui t'a amené à faire ça dans ton parcours ?
Maxicat
Avant de faire ça, j'ai bossé une quinzaine d'années comme imprimeur et j'étais vraiment dans un boulot qui me cassait les couilles. J'avais des grosses périodes de creux dans mon travail et j'ai commencé à faire un peu de créa. J'ai toujours bidouillé des trucs dans mon coin, mais sans jamais les diffuser. J'ai vraiment pas de formation artistique. Je suis vraiment autodidacte. C'était un peu un exutoire. Au bout d'un moment, j'en pouvais tellement plus de mon taf que je me suis dit : comme de toute façon, j'étais mal payé, autant savourer la précarité entièrement et devenir artiste.
C'est venu de rencontres sur la scène musicale alternative lilloise surtout. J'ai découvert aussi la pratique du fanzine. Moi, je pratique de la micro-édition dans un sens, parce que je fabrique, j'imprime moi-même des trucs en petite série.
Romane
Tu utilises des références de pop culture. Est-ce que c'est de ton enfance ?
Maxicat
Ouais. C'est beaucoup de trucs nostalgiques liés à mon enfance. Mais j'essaie de pas faire des trucs nostalgiques pour être nostalgique. Souvent quand je fais des références à des trucs des années quatre-vingt, quatre-vingt-dix, c'est un peu pour les détruire. C'est pas pour faire : « Ah vous vous souvenez de ça ? ». Non, c'est plus sur un côté un peu cynique du truc.
Romane
C'est aussi inspiré de la scène punk ?
Maxicat
Ouais, l'esthétique aussi, beaucoup des pochettes d'albums, principalement, graphiquement. Il y a un peu deux aspects dans mon travail : il y a le côté détournement un peu facile, un peu rigolo, où de temps en temps ça m'arrive d'en faire. Mais pour moi c'est pas vraiment le cœur de mon activité, de mon projet artistique. C'est plus la création vraiment graphique pour des posters où j'ai tout un univers qui s'est mis en place au fur et à mesure.
J'ai du mal à dire que c'est du détournement ce que je fais. C'est du détournement dans un sens où, comme je dessine pas vraiment... Je travaille beaucoup à partir de photos que je retravaille énormément. Je travaille en faisant du collage, mais numérique. Et après je retraite entièrement toutes les images et je les redessine beaucoup aussi.
Pour moi, c'est pas vraiment du détournement, c'est plus du collage. Mais en même temps, c'est pas du collage brut. Pour moi, la photo, c'est vraiment un matériau brut. Je travaille à partir de ça.
Romane
C'est parce que tu utilises l'outil numérique, et avec un papier ciseaux, ça serait un peu... ça réduit un peu ?
Maxicat
Ça m'arrive de faire des collages, des fois. Mais faire des grands collages, ça me fait chier. Parce qu'il y a un côté impersonnel. Moi, je me réapproprie les images. Je les retravaille énormément, je travaille sur le contraste, sur le grain de l'image. Souvent, une photo, je vais la décomposer en plein de morceaux, je vais recadrer, je vais faire plein de trucs. Et après, je vais redessiner beaucoup dessus aussi. Le faire en papier, c'est rigolo, mais je le considère... je ne vais pas le considérer comme une création.
Romane
Ouais, t'auras pas assez mis ta patte dessus.
Maxicat
Ouais. Pour moi, c'est vraiment découper quelque chose qui appartient à quelqu'un et en refaire quelque chose d'autre. C'est pas pour moi ma création. Par exemple, je fais beaucoup d'ateliers badges. Les gens font des mini collages un peu débiles avec des slogans nuls, genre ça : "Joie de vivre" avec des têtes de mort derrière. Moi j'en fais beaucoup, j'en vends beaucoup des badges comme ça que je fais en collage, mais pour moi ça c'est pas de la création. C'est du détournement par contre. C'est deux aspects différents, c'est pas le même travail.
Romane
Est-ce que tu as des inspirations d'artistes qui viennent d'avant ?
Maxicat
Consciemment, quelques-uns. Il y a Winston Smith. C'est un artiste qui faisait des collages pour les pochettes des albums des Dead Kennedys, la scène punk hardcore du début des années quatre-vingt. C'est des collages assez fous qu'il fait, très détaillés et c'est toujours sur une thématique un peu critique de la société américaine. Il y a beaucoup d'humour aussi.
Après c'est beaucoup des inspirations d'artistes que je connais pas, mais c'est plus les jaquettes de jeux vidéo des années quatre-vingt, quatre-vingt-dix, les pochettes et posters de films aussi. [...] Dans mon travail j'aime bien mettre des détails un peu cachés, des fois qu'il y a que moi qui voit. Ça fait des histoires de plus à raconter.
Romane
Puis même mettre un jouet dedans, ça rajoute encore des...
Maxicat
On a un projet avec mon pote Flo, on avait fait les Turbox. On avait fabriqué des jouets merdeux à partir de vieux jouets de brocante, des trucs qu'on avait récupérés, on avait assemblé à la colle. L'intérêt, c'est le packaging avec plein de trucs à lire dessus, débiles, plein de détails. On avait créé une fausse marque derrière. Moi, c'est sur ce genre de truc que je m'éclate parce que je peux mettre la blinde de conneries, la blinde de détails.
Romane
Tu utilises comme outil Photoshop ?
Maxicat
Photoshop et Illustrator. J'utilise vraiment les deux. Ça dépend du projet. Quand c'est du packaging j'utilise beaucoup Illustrator, mais quand c'est du poster je vais utiliser quasiment que Photoshop, sauf Illustrator pour tout ce qui est typo.
Maxicat
La sérigraphie, je fais la plupart de mes projets comme ça. C'est rare que je fasse des trucs en numérique. Certains gens, ils postent juste leur créa sur Internet, moi ça m'intéresse pas. Ce qui m'intéresse c'est d'avoir un truc physique et aussi ce qui m'intéresse c'est que, ça c'est un peu un complexe de l'imposteur, mais comme je dessine pas, je travaille beaucoup à partir de photos alors qu'il y a énormément de travail dans ce que je fais. J'ai un peu le truc de : si je devais imprimer juste avec une imprimante ou que ça reste sur internet, j'aurais pas l'impression de produire vraiment quelque chose. Le fait de après passer par la case artisanat où je dépose de l'encre à la main sur du papier, où j'imprime moi-même, ça rend le truc tangible.
Romane
Sur le mème, finalement, il y a un peu... Le fait que tu utilises quand même parfois des références. Même le fait de partager ses idées avec les autres.
Maxicat
Après, je poste des fois sur Internet mes trucs aussi. Des fois, ça diffuse un peu. Après, je cherche pas à ce que ça soit diffusé... Je me fous un peu des réseaux sociaux. Mais ouais quel lien on pourrait faire ? La réutilisation de truc un peu pop culture. Ouais, je le fais, j'essaie de pas trop le faire parce que pour moi, le mème, c'est intéressant parce que c'est un peu éphémère et c'est un truc un peu facile qui se diffuse facilement. Faire du détournement artistique et faire vraiment que ça soit basé entièrement sur ça son travail... Moi j'ai pas envie d'être enfermé dans une case comme ça.
Romane
Il y a le côté DIY un peu du mème, de le faire soi-même.
Maxicat
Ouais, ça c'est intéressant, c'est vrai que le lien est là, c'est que moi j'essaie de tout faire moi-même aussi. Le mème, tu fais toi-même, oui, bon c'est fait sur Paint ou sur Photoshop, mais ça reste DIY. Mais... Je sais pas comment trop faire le lien avec ça.
Romane
Est-ce que tu utilises des mèmes dans la vie courante ?
Maxicat
Oui, j'utilise beaucoup des GIF animés. Des gifs. Dans ma vie personnelle, j'utilise beaucoup de gifs animés et de temps en temps ça va. Avec mes potes, on s'envoie beaucoup de photos nulles aussi. Pas forcément des mèmes, mais plus des images nulles. Au final ça revient au même.
Romane
Vu que c'est sur le graphisme, il faut que je lui apporte une sorte de légitimité. Et c'est plus en tant qu'objet graphique finalement.
Maxicat
Ok. Ouais, je vois ce que tu veux dire. Moi, j'ai jamais travaillé à partir de mème par exemple. Parce que je travaille plus à partir de références. Des fois, ça peut se rejoindre, mais je pense pas avoir réutilisé une image qui a été utilisée dans un mème. Après moi, la difficulté, c'est que je diffuse pas beaucoup mon travail. Il y a des gens, ils diffusent énormément leur taf sur internet. Moi, c'est un peu l'inverse, je diffuse en vendant sur des stands et sur Internet ça tourne pas vraiment mon travail.
À côté de ça, j'en connais plein où c'est que sur internet. Pour le coup, c'est vraiment tout leur travail, je mets des guillemets artistiques, moi je les considère plus comme des auteurs. Ça se passe sur Internet. Infographiste, je sais pas si tu connais Infographiste ?
Romane
Je vois le métier, mais après...
Maxicat
Non, c'est un faux nom. Infographiste, c'est un mec qui a commencé sur Internet à faire des détournements de Tintin. Il faisait des planches de Tintin qui changeaient les dialogues, il changeait les cases. Il faisait des trucs complètement débiles et il a arrêté de faire ça parce qu'il a failli se prendre un procès de l'éditeur de Tintin. Maintenant, il fait d'autres trucs, il fait des romans photo. Lui, c'est quasiment que sur Internet. J'en connais plein comme ça qui font ça, où ils se sont petit à petit mis à être édités et c'est imprimé en livre. Mais c'est pas du tout des gens qui vont mettre la main à la pâte pour fabriquer des trucs. Ça se diffuse sur Internet. Ou en librairie.
Romane
Au niveau des textes, c'est basé sur des blagues, mais est-ce que t'as autre chose à rajouter dessus ?
Maxicat
Bah c'est, là pour le coup, c'est du détournement des codes. J'ai détourné les codes du quarante-cinq tours, du packaging de jouets avec les logos de marque nulles, les noms des jouets de la même gamme que tu peux acheter. Le coupon des clubs, quand t'es gosse, tu peux appartenir au club Barbie. C'est vraiment du détournement de code. C'est rare que je fasse vraiment du texte pour le texte. [...] Moi, c'est ça qui me plaît, c'est de travailler sur les notions de vrai et de faux. C'est de faire des trucs un peu à la frontière où les gens vont se poser la question. Quand les gens se posent la question, je me dis : j'ai réussi mon taf.
Maxicat
Après moi... mon activité artistique vraiment à la base, c'est vraiment pour exprimer des émotions, des trucs. J'ai beaucoup de trucs très cyniques. Et ça parle de dépression, de suicide et tout. Les gens ça les fait très marrer. Mais moi c'est des trucs par lesquels je suis vraiment passé, voire je passe encore même actuellement. C'est un peu un truc exutoire. Moi, c'est un peu un truc comme ça où je fais une affiche sur la flemme ou la procrastination. En fait, c'est des trucs que moi je vis au jour le jour et contre lesquels je me bats. Donc j'essaie de mélanger un peu ça avec des trucs un peu marrants, histoire de faire passer la pilule. Et aussi des petites références graphiques à la pop culture. C'est un mélange de tout ça.
Romane
Enfin, c'est vraiment un moyen d'expression.
Maxicat
Oui, clairement. J'aime bien faire marrer les gens. Quand je fais un stand, les gens souvent ils passent devant mon stand, ils sont morts de rire. C'est pas pour autant qu'ils m'achètent des trucs, mais ils sont morts de rire et moi ça me fait plaisir de faire rire les gens. Mais le principal, c'est de m'exprimer. C'est aussi le fait de fabriquer quelque chose qui soit concret, même si c'est un faux truc, c'est quand même concret, c'est un truc qui a sa place dans l'univers, c'est un vrai objet. [...] Moi, c'est ça qui me plaît, c'est de fabriquer un truc qui justement soit là physiquement. J'aime bien détourner les codes, vraiment prendre un truc qui existe et en faire un truc que les gens ne s'attendent pas. Et aussi un truc que ça soit tellement bête que les gens se disent : Mais c'est pas possible, c'est un vrai truc ou pas ?
Maxicat
Je fais partie d'un collectif qui s'appelle le musée du détournement. On a fait une expo à Bruxelles et à Charleroi déjà et dans le Pas-de-Calais aussi. En fait, c'est une expo collective donc ça change un peu. Souvent, il y a la même base d'artistes, mais ça a tendance à tourner. Là, il y en a une à Paris en ce moment et là, je suis en train d'en monter une à Lille, à la Maison Folie Wazemmes. On sera une quinzaine d'artistes. Il y a un peu de tout. Il y a des auteurs, Infographiste et tout, qui font plus de la BD. Il y a de la sculpture, il y a des faux posters. Il y aura des trucs de chevaux avec des bulles, des bustes en plâtre détournés. Là, je suis en train de le monter sur Lille, automne 2026.